Les Perses (700 à 332 av. J.-C.)

 

Le pays 

    Les Perses faisaient partie à l'origine des tribus aryennes qui migrèrent dans la région de l'Iran actuel, venus des plaines du sud de la Russie vers 1400 av. J.-C. (le terme Iran vient de Aryen).

    Ils colonisèrent la pointe sud-occidentale du plateau iranien, sur la rive nord du Golfe persique, sur des terres laissées vacantes par les Élamites conquis et réduits à l'esclavage par les Assyriens. Les Perses étaient séparés des peuples mésopotamiens importants par les monts du Zagros.

    À son apogée, l'empire perse partait des rives de l'Indus, qui traversait le Proche-Orient, gagnait la côte orientale de la Méditerranée, s'étendait le long du Nil jusqu'au sud de l'Égypte, au Soudan, traversait l'Anatolie, et englobait Thrace et la Macédoine.

 

La capitale

    Au cours de son histoire, cinq cités servirent de capitale royale à l'empire perse. La première, Pasargades, fut édifiée par Cyrus pour commémorer sa victoire sur les Mèdes. Reculée, elle ne constituait pas une capitale administrative très pratique.

    Babylone fut reconstruite par Cyrus qui en fit sa capitale royale lorsque ses affaires l'amenaient en Mésopotamie.

    Darius transféra l'administration de l'empire à Suse, l'ancienne capitale élamite, sans doute par souci d'efficacité. Celle-ci jouissait d'une situation favorable au centre d'un réseau de routes et d'aqueducs.

    Les chaleurs estivales extrêmes de Suse conduisirent la cour perse à gagner les hauteurs, à Ecbatane dans un premier temps, l'ancienne capitale médique, bâtie dans les montagnes du Zagros.

    En 520 av. J.-C., Darius entreprit l'édification de la plus grande des capitales perses, à Persépolis. La construction de Persépolis connut de longues périodes d'interruption et elle n'était toujours pas achevée lorsque, 200 ans plus tard, la cité fut dévastée et incendiée par Alexandre.

 

L'émergence d'un pouvoir

   Il y a environ 3 000 ans, de nouveaux venus, les Mèdes et Perses, s'installent dans cette région. Puis, profitant de l'effondrement de la puissance assyrienne, des rois mèdes étendirent leur pouvoir. 

Les Perses s'installèrent sur des terres relativement pauvres et reculées où ils ne furent que rarement inquiétés, par les Élamites d'abord, à l'ouest, puis par les Assyriens qui détruisirent les Élamites vers 640 av. J.-C., enfin par les Mèdes (au nord) et les Babyloniens remis sur pied qui conquirent l'Assyrie en 609 av. J.-C.

    Tout au long de cette période, les rois insignifiants qui se succédèrent sur le trône de Perse furent des vassaux des Mèdes, plus riches, et plus évolués.

    En 559 av. J-C., un prince perse, Cyrus II devint roi du petit royaume perse d'Anshan. Il fonda la dynastie achéménide. Lorsque le souverain mède tenta de reprendre le contrôle de la Perse vers 550 av. J.-C., l'armée médique se révolta sur le champ de bataille, livrant son roi à Cyrus et rendant la capitale Ecbatane. L'empire médique, qui allait du nord de la Mésopotamie à l'Anatolie, connut une phase de transition sans effusion de sang. Cyrus II, désormais appelé Cyrus le Grand, avait fondé l'empire perse.

    Il ne tarda pas ensuite à conquérir, successivement les Lydiens d'Asie mineure (gouvernés par Crésus, roi à la richesse légendaire, inventeur de la monnaie), les colonies grecques de la côte égéenne, les Parthes, et enfin les Hyrcaniens dans le nord. En 541 av. J.-C., il s'enfonça dans les steppes d'Asie centrale et établit une frontière fortifiée le long du fleuve Jaxartes.

    En l'espace de 10 ans, à la tête d'une solide armée et de redoutables archers, Cyrus se tailla un empire qui s'étendait de la mer Méditerranée à l'Afghanistan, et du golfe persique à la mer Caspienne. Sa capitale était Ectabane. En 540 av. J.-C., dans la dix-neuvième année de son règne, Cyrus s'opposa à son allié d'autrefois, Babylone. À l'issue d'une première bataille, la population livra son roi, la cité et l'empire qui s'étendait du sud de la Mésopotamie à la Phénicie. Cependant Cyrus trouva la mort, avant d'avoir pu poursuivre son expansion en Égypte ou en Grèce, en affrontant des tribus nomades qui menaçaient ses provinces orientales.

    Les premiers successeurs de Cyrus conquirent l'Égypte, rallièrent de nouvelles provinces en Afrique du Nord et étendirent l'empire jusqu'en Inde, sur les rives de l'Indus. Après quoi, ils se tournèrent contre les Grecs, rivaux commerciaux de la Phénicie perse.

    En 521 av. J-C., Darius Ier prit le pouvoir. Il agrandit et consolida l'empire. Il désigna des satrapes, ou gouverneurs, pour diriger les provinces ; celles-ci versaient de lourds tribus en céréales et autres biens. Darius aménagea un réseau routier qui reliait les différentes parties de l'empire et favorisait le commerce. Il fit frapper des pièces de monnaies en or et en argent, les dariques.

Empire perse à son apogée sous Darius Ier

La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 1, p.75, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

    En 513 av. J.-C., un gigantesque pont flottant fut construit dans le détroit du Bosphore, afin de relier l'Asie et l'Europe. L'armée perse prit Thrace et la Macédoine afin de couper le ravitaillement en céréales des Grecs, mais ne parvint pas à soumettre les Scythes insaisissables.

    Cette période fut l'apogée de l'empire perse. Tout était en place pour la lutte farouche qui l'opposerait, 50 ans durant, aux cités-états de la Grèce.

 

L'économie

    À l'origine, l'économie perse reposait sur les troupeaux, la terre étant trop pauvre pour être cultivée. Les Perses eux-mêmes attribuaient leur dureté à l'austérité de la vie dont ils étaient coutumiers depuis des générations.

    La soudaine acquisition de l'empire médique, de la Lydie, de l'Égypte et des régions indiennes productrices aurifères firent de la Perse une grande puissance économique. Elle contrôlait désormais les régions agricoles opulentes de la Mésopotamie, les prairies d'Anatolie, un réseau commercial rayonnant, ainsi que de beaux gisements de métaux et d'autres ressources.

    Le Grand Roi Darius fut l'instigateur de nombre d'innovations et de réformes économiques : systématisation de l'imposition ; standardisation des poids et des mesures, ainsi que des unités monétaires (première utilisation réussie de la monnaie à grande échelle) ; amélioration des axes de transport, dont les 2 500 km de la Voie royale qui reliait Suse à Sardes, ainsi que l'ancêtre du canal de Suez ; flotte marchande royale ; développement de l'agriculture ; système bancaire ; et, enfin, promotion des échanges internationaux.

 

La religion et la culture

    Les souverains et la noblesse perses étaient zoroastriens, adeptes d'une religion désignée sous le nom de son fondateur, Zarathoustra, ou Zoroastre en Grec. Zarathoustra conçut cette religion vers 600 av. J.-C. qui, plus tard, influença profondément le judaïsme, le christianisme et l'islam.

    Les Zoroastriens, monothéistes, se consacraient à un dieu suprême unique, créateur de toute chose, matérielle et spirituelle : Ahura Mazda, le seigneur de la Sagesse. Les puissances du bien et du mal travaillaient sans relâche les humains qui devaient choisir en permanence entre les unes et les autres.

    Après la mort, une vie éternelle attendait les hommes, de plaisirs ou de tourments, selon l'issue du jugement divin.

    Ces concepts de monothéisme, de bien opposé au mal, de libre volonté et de récompense ou de punition posthumes s'écartaient des religions polythéistes prédominantes jusque-là. Ces mêmes concepts influencèrent beaucoup les religions qui suivirent.

 

La politique

    La tête du gouvernement perse était incarnée par le souverain dont la parole faisait loi. Son autorité était relayée par une bureaucratie dirigée par des représentants de la noblesse perse, les scribes, qui tenaient les registres, une trésorerie qui collectait les impôts et finançait les projets de construction et les armées, ainsi que par un système de routes, de courriers et de signaux qui favorisaient la circulation du courrier et les échanges commerciaux.

    Les premières années, l'armée, encore essentiellement composée de Perses, réussit parfaitement à préserver la paix, à l'intérieur et à l'extérieur.

    Dans sa quasi-totalité, l'empire était divisé en provinces appelées satrapies et gouvernées par un satrape. Ainsi l'Égypte constituait-elle à elle seule une satrapie. Les satrapes étaient, en règle générale, des Perses ou des Mèdes, ce qui offrait un gage supplémentaire de leur loyauté. Ils régnaient et vivaient comme des rois de moindre importance certes, mais possédaient leurs propres palais. Certains d'entre eux devenaient parfois assez puissants pour menacer le souverain. Les souverains autoritaires gardaient le contrôle de leurs satrapes en tenant fermement la bride sur les armées et la trésorerie.

 

L'art militaire    

 Jusqu'à l'âge de 50 ans, tous les Perses de sexe masculin étaient tenus de servir dans les armées de l'empire. Des historiens grecs rapportent que les jeunes garçons apprenaient le cheval, le maniement de l'arc, le combat à mains nues ainsi que le combat monté. À l'âge de 20 ans, ils étaient prêts pour le service militaire.

    L'armée se composait essentiellement de quatre types d'unités : lanciers de l'infanterie spécialisés dans le combat frontal violent ; archers fantassins destinés aux embuscades ; cavalerie légère armée principalement d'arcs ; enfin, cavalerie lourde parfois dotée d'armures et équipée de lances.

Cavalerie légère

La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 1, p.70, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

Lanciers

La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 2, p.82, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

    Durant les premières années de l'empire, l'armée, majoritairement constituée de Perses, très impliquée, ne ménageait pas son ardeur sur le champ de bataille et constituait donc un adversaire dangereux.

    L'élite de l'armée perse, les Dix Mille Immortels, devait son nom au fait que l'unité disposait d'un effectif constant de 10 000 hommes. La perte d'un homme, mort ou invalide, était aussitôt compensée par la promotion d'un soldat d'une autre unité. Mille Immortels formaient la garde personnelle du roi.

    Dans les dernières années, la proportion de Perses par rapport aux recrues levées dans les provinces déclina. L'armée aguerrie de Perses disciplinés et parfaitement entraînés fut remplacée par un conglomérat hétéroclite de formations, d'armes et de méthodes. Ces troupes, auxquelles manquait la rigueur des Perses, s'avérèrent difficiles à manœuvrer et à utiliser sur le champ de bataille.

 

Le déclin et la chute

    Si l'empire perse culmina vers 500 av. J. -C., son déclin était déjà en germe. Les intrigues empoisonnaient régulièrement la vie de la cour, aucune loi ne régissant la succession.

    La mort d'un souverain déclenchait souvent une ruée vers le trône qui épuisait la trésorerie, entamait tout principe moral et relâchait la mainmise gouvernementale sur les provinces.

    Les dépenses superflues entraînaient l'inflation et des augmentations d'impôts impopulaires. Les mouvements de contestation des provinces, le plus souvent à propos des impôts, trouvaient généralement une issue brutale, ce qui ne faisait qu'accroître le mécontentement.

    Sur les six rois qui se succédèrent à la mort de Xerxès en 464 av. J.-C., cinq furent de piètres hommes d'état qui ne purent maintenir la cohésion de l'empire qu'en recourant à des mesures de plus en plus coercitives.

    L'affrontement couvait depuis de nombreuses années entre les Grecs et les Perses lorsque le conflit éclata entre les deux cultures en 499 av. J.-C. En dépit de leur suprématie apparente, tant au plan de la puissance que des ressources économiques, les Perses échouèrent à vaincre les Grecs après 50 ans de guerre sur terre et sur mer. Les Grecs, bien que vainqueurs, ne furent pas immédiatement en mesure de poursuivre la guerre en Perse.

    Après les guerres gréco-perses, les rois de Perse, affaiblis, consacrèrent toutes leurs forces à maintenir un contrôle plus ténu que jamais sur l'empire. Des révoltes incessantes dans les provinces périphériques, en particulier Parthie, la Lydie et l'Égypte, minèrent l'empire, économiquement et militairement.

    Avant que l'empire ne se consume de lui-même, il fut anéanti, en un temps record, par Alexandre le Grand. Ce dernier commença l'invasion en 334 av. J.-C., prit la Lydie en 333, s'empara de l'Égypte en 332, et devint roi de Perse en 331.

 

L'héritage

    L'Occident a surtout gardé des Perses le souvenir des dramatiques guerres gréco-perses dont l'histoire nous est parvenue dans sa presque totalité.

    Les événements les plus célèbres de cette période sont l'édification du pont de l'Hellespont, les batailles terrestres de Marathon, des Thermopyles, et de Platée, la grande bataille navale de Salamis, et le saccage d'Athènes. Cette version de l'histoire est cependant tendancieuse car nous ne disposons que des récits des Grecs.

    Les Perses sont également mentionnés dans divers passages de la Bible pour la tolérance et la sagesse de leurs premiers rois, ainsi que pour la décadence de leurs cours dans les derniers temps. Cyrus le Grand a en particulier marqué l'histoire pour avoir libéré les Juifs retenus prisonniers à Babylone lorsqu'il prit la cité et leur avoir permis de retourner en Israël.

    Le plus grand héritage des Perses réside dans la fusion et le mélange des cultures asiatiques et africaines auxquelles la civilisation devait beaucoup à cette période. Ce legs culturel a été préservé par les Perses qui l'ont d'abord transmis aux Grecs, puis à l'Europe et à l'Occident.

 

 

 

 

 

sources : texte : La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 1, p.74-75, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

                         Age of Empires, Microsoft Corporation, 1997 [CD-ROM]

              images : La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 1, Éditions Nathan, Paris, France, 1994

                           La grande encyclopédie de l'histoire du monde junior tome 2, Éditions Nathan, Paris, France, 1994