Alcmène
Pour gagner définitivement la main de la très belle Alcmène, fille d'Électryon et princesse de Mycènes, Amphitryon a dû vaincre les armées des Téléboens et venger ainsi la mort de ses frères. La poussière est à peine retombée sur le champ de bataille que, pressé de retrouver sa promise, Amphitryon envoie son valet Sosie la prévenir de l'imminence de son retour. Chemin faisant, Sosie prépare pour Alcmène un compte-rendu agrémenté de quelques flatteries...
Les choses auraient pu en rester là, simples et émouvante, si la très grande beauté d'Alcmène, n'avait excité l'appétit amoureux de Zeus. Le roi des dieux eut vite fait de se glisser dans la peau d'une copie exacte d'Amphitryon et, tel quel, de se présenter à Alcmène avec la ferme intention de passer de doux instants en sa compagnie. Les retrouvailles sont à la hauteur des espérances du faux Amphitryon : toute à la joie de revoir son mari revenir sain et sauf, Alcmène déborde d'une tendre ferveur.
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Mythologie, "le mythe d'Amphitryon", Éditions Atlas |
Pendant ce temps, une étrange conversation s'était engagée entre Hermès, le fidèle messager de Zeus, et la Nuit, dont le char entamait justement sa traversée de la voûte céleste. Confortablement installé sur un nuage, Hermès demanda à cette dernière de bien vouloir, pour une fois, ralentir la course de son attelage. Car une nuit plus longue donnerait à Zeus le temps de profiter pleinement des charmes d'Alcmène. Nyx, la Nuit, qui n'appréciait pas l'idée d'être complice d'une nouvelle aventure amoureuse de Zeus, fut cependant obligée d'accepter : on ne refuse rien au roi de l'Olympe...
Mais Hermès ne se limita pas cette fois-ci au rôle de messager. Comme coordinateur des projets de Zeus, il devait à présent se charger du malheureux Sosie, qui arrivait d'un pas léger au logis de son maître. Il fallait absolument l'empêcher d'y pénétrer... Comment ? Au moyen de la même ruse que celle dont Alcmène était victime. Lorsque Sosie parvint au seuil de la maison d'Amphitryon, il se heurta à un autre lui-même...
Armé d'un bâton dont il frappait Sosie à chaque instant, Hermès parvint à le forcer de reconnaître qu'il se trompait sur sa propre identité, qu'il n'était pas Sosie et qu'Hermès était lui-même le véritable Sosie. Le valet d'Amphitryon était d'autant plus troublé par cette situation qu'Hermès connaissait précisément chacun des faits et gestes accomplis au cours de sa vie. Les coups de bâtons aidant, Sosie finit par douter sérieusement qu'il était bien... Sosie !
Le jour se lèva enfin ; rassasiés d'amour, Zeus et Alcmène se séparèrent. Quelque temps après, voilà qu'arriva Amphitryon, ivre de bonheur et de fierté. "Déjà de retour ?", s'exclama mollement Alcmène. Amphitryon tomba des nues, et se vexa : comment ça "déjà"? Quelle froideur après toutes ces semaines d'absence ! Des semaines ? Mais cela ne fait que quelques heures ! Le quiproquo ne tarda pas à produire son effet : Amphitryon comprit que quelqu'un s'est glissé, la veille, dans le lit d'Alcmène ; de son côté, elle était persuadée qu'Amphitryon veut la déshonorer. Ils se quittent sur des promesses de rupture...
Un peu plus tard, Zeus, qui avait toujours l'apparence d'Amphitryon, revint sur les lieux de sa tromperie. Il connaissait la situation, et se proposa de reconquérir le cœur d'Alcmène, pour son propre compte. L'accueil qu'elle lui réserva est bien sûr très froid. Mais Zeus ne s'avoua pas vaincu et, plaidant coupable, se lança dans une tirade désespérée : si elle refusait de lui pardonner la plaisanterie de ce matin, il n'aurait d'autre choix que de mettre fin à ses jours. La ruse fonctionna : Alcmène céda et tous deux s'en allèrent sceller à l'abri des regards leur réconciliation..
À son tour, Amphitryon revint, décidé à faire toute la lumière sur cette fâcheuse histoire. Mais, cette fois, c'est d'Hermès que vient l'affront : toujours sous les traits de Sosie, ce dernier lui refusa l'entrée de sa maison, sous le prétexte incroyable... qu'il ne pouvait pas être Amphitryon, puisque celui-ci était en ce moment même avec Alcmène. Amphitryon, qui croyait parler à son valet, s'indigna et profèra toutes sortes de menaces, mais Hermès n'en démordait pas : Amphitryon était à l'intérieur, avec son épouse. Le véritable Sosie aura tout le mal du monde à expliquer pareille insolence à son maître !
C'est alors qu'apparut Zeus. Stupeur générale : le dieu ressemblait comme deux gouttes d'eau à celui dont il avait pris l'apparence, si bien que personne n'osait en accuser un en particulier. De son côté Sosie prit parti pour Zeus, celui-ci ayant proposé à tout le monde de venir dîner en attendant d'y voir plus clair. Le mot de Sosie est célèbre : "le véritable Amphitryon est l'Amphitryon où l'on dîne". Au comble de la colère, Amphitryon s'en alla chercher quelques amis sûrs qui, pensait-il, l'aiderait sans discuter à chasser l'imposteur par les armes. Mais à son retour, Zeus avait retrouvé son apparence habituelle. Par le biais du devin Tirésias, il expliqua tout à Amphitryon. Celui-ci s'empressa alors de s'unir à sa femme.
Zeus déclara que le premier enfant qui naîtrait dans la lignée d'Alcmène sera roi d'Argolide, la terre consacrée à Héra. Il déclencha ainsi la fureur de son épouse, très jalouse d'Alcmène. Afin de déjouer la prophétie, Héra demande à sa fille Ilithye, qui présidait aux accouchements, de retarder la naissance d'Héraclès et de précipiter celle d'un neveu d'Alcmène, Eurysthée, dont l'ascendance lui permettrait de prétendre également au trône d'Argolide.
Pendant neuf jours et neuf nuits, Ilithye et ses assistantes se postèrent devant la maison d'Alcmène, bras et jambes croisés, empêchant ainsi par enchantement l'accouchement d'Alcmène. Sur le point de mourir, celle-ci est sauvée par son amie Galinthias qui se précipita dehors et fit croire aux déesses qu'Héraclès venait de naître sur ordre de Zeus. Celles-ci, prises de fureur, se levèrent pour partir et rompirent ainsi le charme qui empêchait Alcmène d'enfanter. Aussitôt, elle mit au monde les jumeaux de pères différents, Héraclès et Iphiclès.
| sources : | texte : | Atlas de la mythologie, "le mythe d'Amphitryon", Éditions Atlas, UE, 2003 |
| Atlas de la mythologie, "L'enfance d'Hercule", Éditions Atlas, UE, 2003 | ||
| Myriam Philibert, Dictionnaire illustré des mythologies, p.9, Éditions de Lodi, France, 1997. | ||
| Le petit Robert des noms propres, p.37, France, 1997 | ||
| Atlas de la mythologie, "le mythe d'Amphitryon", Éditions Atlas, UE, 2003 |