La guerre de Troie
point de départ : le mariage de Thétis
le débarquement et les cinq premières années
point de départ : le mariage de Thétis
Parmi les beautés qui excitèrent le désir de Zeus, il y eut la néréide Thétis. Il l'aurait certainement satisfait si une déesse n'avait prédit que le fils qui naîtrait de Thétis serait plus puissant que son père. Le roi des dieux renonça à cet hymen et chercha pour Thétis un époux écartant ce danger. Son choix se porta sur Pélée, un héros humain camarade d'Héraclès.
Thétis manifesta son déplaisir à la perspective d'épouser un mortel. Elle finit par accepter quand Zeus lui promit des noces somptueuses avec la participation de toute la famille olympienne. Zeus tint sa promesse et la cérémonie fut tout ce que Thétis aurait pu souhaiter. Toutefois, Éris, déesse de la Discorde, qui n'avait pas été invitée, était décidée à laver l'affront.
Elle fit irruption au milieu de la fête et jeta sur la table des principales invitées une pomme d'or portant l'inscription : "À la plus belle". Trois déesses se la disputèrent aussitôt : Héra, Athéna et Aphrodite. Aucun des dieux présents n'acceptant de jouer le rôle d'arbitre, les déesses s'adressèrent à Zeus pour les départager. Celui-ci, qui ne voulait pas trancher lui-même de peur d'exacerber les jalousies, décida de déléguer cette tâche délicate.
Il désigna comme arbitre Pâris, un mortel qui gagnait sa vie comme gardien de troupeau sur le mont Ida. Il avait attiré sur lui l'attention des dieux en se targuant d'avoir le plus beau taureau de la région, puis, quand Arès avait pris la forme d'un taureau pour réfuter cette prétention, il avait reconnu sans hésiter l'infériorité du sien. Cette attitude lui valut une réputation d'impartialité.
Hermès l'amena sur l'Olympe. Quand les trois déesses apparurent devant lui, entièrement nues, Pâris, rempli d'effroi, chercha à s'enfuir. Mais Hermès le rassura : il n'avait rien à craindre et tout à gagner s'il consentait à écouter le plaidoyer des déesses. Il lui mit dans la main la pomme d'or, qu'il devait remettre à la gagnante du concours.
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Atlas de la mythologie, "Le jugement de Pâris", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Chacune des rivales fit de son mieux pour influencer son choix. Héra lui promit la richesse et le pouvoir sur les hommes et les nations, Athéna la sagesse et la gloire des victoires au combat, Aphrodite l'amour de la plus belle femme du monde. Pâris, qui n'avait d'yeux que pour Aphrodite, lui attribua la pomme. Devant le triomphe d'Aphrodite, ses rivales malheureuses ne firent rien pour dissimuler leur amertume. Héra est d'autant plus vexée que les pommes sont ses fruits sacrés : la pomme d'or d'Éris lui revenait donc de droit.
La haine des deux déesses allait avoir des conséquences capitales, car Pâris, fils de Priam, roi de Troie, n'était pas un mortel ordinaire. À sa naissance, un devin ayant prophétisé qu'il causerait la perte de sa ville, son père décida qu'il fallait déposer le bébé sur le flanc du mont Ida pour qu'il y trouve la mort. L'enfant fut sauvé par une ourse qui l'allaita, puis par un serviteur de Priam qui le recueillit chez lui et lui apprit à garder les troupeaux.
Pâris devint un jeune homme d'une grande beauté et d'une force exceptionnelle. Peu après son voyage sur l'Olympe, des messagers du roi Priam vinrent sur le mont Ida choisir un taureau destiné à être immolé lors de jeux devant se dérouler à Troie. Pâris décida d'y participer et accompagna les messagers. Il se fit remarquer en remportant toutes les épreuves auxquelles il se présenta. Aussi son sauveur se fit-il connaître et révéla que le jeune homme était le fils de Priam. Le roi fut si impressionné par les victoires de Pâris qu'il oublia toutes ses craintes et l'invita à reprendre place au palais.
Ce fut donc en qualité de prince de Troie que Pâris réclama sa récompense à Aphrodite. La déesse lui apprit que celle-ci n'était autre que la splendide Hélène, fille de Zeus, issue d'une liaison entre le roi des dieux et Léda, épouse du roi de Sparte, Tyndare. La beauté d'Hélène fut bientôt connue dans toute la Grèce et, parvenue à l'âge de se marier, elle fut courtisée par la plupart des puissants du monde grec. Les prétendants influents furent si nombreux que Tyndare craignit une réaction hostile des amoureux éconduits. Suivant le conseil d'Ulysse, dont il appréciait la clairvoyance, il fit promettre à tous les prétendants de soutenir le futur époux d'Hélène si quelqu'un menaçait sa position. Finalement, le choix d'Hélène se porta sur le beau et aristocratique Ménélas, frère d'Agamemnon, que Tyndare fit roi de Sparte.
Pâris demanda à Priam de l'envoyer en ambassade à Troie sous un prétexte quelconque. Il y fut chaleureusement reçu, avec tous les honneurs dus à son rang. Ménélas n'eut pas le moindre soupçon de ce qui se tramait. Bientôt contraint de partir pour la Crète pour assister aux funérailles de son aïeul Catrée, Ménélas s'excusa auprès de ses hôtes, et chargea Hélène de prendre bien soin d'eux. Hélène se consacra d'autant plus volontiers à ses obligations qu'elle n'était pas insensible au jeune Pâris. En débit de la beauté du prince, il s'agissait probablement d'un charme lancé par Aphrodite. Pâris, quant à lui, fut émerveillé et ne tarda pas à manifester à la reine de Sparte son amour et à lui dévoiler ses desseins.
La légende connaît plusieurs versions, selon lesquelles Hélène était plus ou moins consentante. L'une raconte notamment qu'Aphrodite donna à Pâris les traits de Ménélas, pur provoquer une confusion des sentiments d'Hélène. Tantôt Hélène fut emmenée de force vers le navire troyen, tantôt la jeune femme quitta Sparte sans regrets, et s'éloigna la tête tendrement appuyée sur l'épaule de son ravisseur.
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Atlas de la mythologie, "L'enlèvement d'Hélène", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Certains racontent que c'est Tyndare lui-même qui, en l'absence de Ménélas, aurait donné la main de sa fille à Pâris. Toutefois, connaissant l'esprit tortueux d'Aphrodite, il y a fort à parier que la déesse ait fait intervenir son fils Éros pour consolider l'attachement de la belle Hélène envers le galant Pâris et faciliter l'enlèvement.
La légende concernant leur voyage connaît également plusieurs versions : Pour certains, les amants traversèrent rapidement la mer Égée et parvinrent sans encombre à la cité troyenne. Pour d'autres, la déesse Héra fit naître des tempêtes qui les dévièrent de leur itinéraire initial et les fit débarquer à Sidon, en Phénicie, sur l'île de Chypre ou encore en Égypte.
Pour le poète grec Stésichore, ce n'était pas Hélène qui accompagna Pâris à Troie, mais son "double virtuel", son fantôme créé par Héra. La véritable Hélène, elle, fut emmenée par le dieu Hermès en Égypte, à la cour du roi Protée, où elle demeura jusqu'à la fin de la guerre de Troie.
Quoi qu'il en soit, Ménélas, de retour de Crète, constata qu'il avait été trahi et que son épouse s'était enfuie. Il envoya aussitôt à Troie plusieurs ambassadeurs exigeant la restitution d'Hélène. Il se tourna vers son frère Agamemnon, roi de Mycènes, le plus puissant de Grèce. Celui-ci envoya des messagers à Troie pour exiger le retour d'Hélène, mais ils revinrent bredouilles. Devant le refus des Troyens, il demanda aux princes grecs de tenir leur serment et de venir à son secours.
Certains des anciens prétendants cherchèrent des échappatoires. Ulysse, maintenant heureusement marié, se fit passer pour fou. Les messagers le trouvèrent vêtu en paysan, labourant la plage et jetant du sel par dessus son épaule comme s'il s'agissait de semences. Comme il feignait de ne pas reconnaître, l'un d'eux nommé Palamède saisit le jeune fils d'Ulysse et le jeta devant la charrue. Ulysse dévia de son chemin et se précipita pour relever le petit garçon. Démasqué, Ulysse dut accepter, à contrecœur, de rejoindre la coalition d'Agamemnon.
Achille, si valeureux soit-il, fut tout d'abord soustrait à ses obligations militaires par sa mère, Thétis, qui savait que son fils était appelé à mort jeune et couvert de gloire. Elle décida, pour lui épargner un tel sort, de le cacher parmi les dames de la cour de Scyros. Ulysse devina la ruse et parvint à démasquer le guerrier travesti : il offrit des bijoux et quelques armes à ces dames et fit sonner les trompettes. Seul Achille prit les armes.
Talthybios, roi de Chypre, tenta aussi de se soustraire à son destin : celui-ci avait promis cinquante trirèmes à Ménélas, mais il n'en envoya qu'un, accompagné de quarante-neuf modèles réduits en terre. À la demande d'Agamemnon, Apollon châtiera cet outrage.
L'armée se rassembla dans le port d'Aulis, sur la mer Égée, où elle fut renforcée par un important contingent sous le commandement d'Idoménée, roi de Crète. Parmi les autres qui répondirent à l'appel d'Agamemnon, il y avait Diomède, un guerrier d'une grande bravoure qui avait été très amoureux d'Hélène ; le vieux Nestor, roi de Pylos, dont les conseils étaient toujours écoutés ; Ajax, véritable géant et guerrier redoutable. Le devin troyen Calchas s'étaient joint à eux, car, grâce à son don de prophétie, il savait qu'il serait plus avantageux pour lui de se ranger dans le camp des ennemis de Troie. Mais aucun guerrier ne fut mieux accueilli que le bouillant Achille, accompagné de son cousin Patrocle qui était aussi son ami le plus cher.
Avant que la flotte, forte de plus de mille navires et transportant des dizaines de milliers d'hommes, ne hisse les voiles, il se produisit un étrange évènement qui fut tenu pour un présage. Agamemnon faisait un sacrifice à Zeus quand un serpent surgit derrière l'autel, s'élança dans un arbre et avala huit oisillons dans un nid. Il fit de même avec leur mère, se figea et se pétrifia. Calchas reconnut aussitôt un message de Zeus : la guerre allait durer huit ans et s'achever sur une victoire des Grecs la neuvième année. Encouragés par ce présage, l'armée embarqua sans tarder.
Les Grecs atteignirent la côte asiatique, mais n'ayant pas de pilote pour les guider, ils ne débarquèrent pas sur le sol troyen mais en Mysie, située bien plus au sud. Qu'importe : croyant être en Troade, les soldats commencèrent à ravager le pays. Le roi Télèphe réagit vivement, repoussant les assaillants et tuant Thersandos, le chef des Béotiens. La bataille fut courte mais violente. Les Grecs perdirent leurs premiers guerriers et Télèphe fut blessé par Achille qui lui transperça la cuisse d'un coup de lance. L'histoire raconte que les Grecs ont baigné leurs blessés dans les sources chaudes qui jaillissaient près de Smyrne. Ce répit fut de courte durée car Héra, irritée par les Grecs, déclencha une tempête qui dispersa toute la flotte. Les rois, las de tant de difficultés, décidèrent alors de renoncer à l'expédition et de tout recommencer.
La blessure de Télèphe refusa de se refermer et s'envenima. Le roi envoya des messagers consulter l'oracle de Delphes sur le meilleur moyen de se soigner. À leur retour, ils lui apprirent que seul le coupable de la blessure pouvait le guérir. Télèphe franchit la mer Égée, se déguisa en mendiant et se rendit au camp des Grecs. Là, il s'empara d'Oreste, le jeune fils d'Agamemnon, et menaça de le tuer si Achille ne le guérissait pas.
Ulysse fit répéter les termes de l'oracle et suggéra qu'ils faisaient sans doute référence à l'arme plutôt qu'à l'homme qui avait infligé la blessure. Une parcelle de rouille fut prélevée sur la lance d'Achille et fut appliquée sur la blessure de Télèphe, et la blessure cicatrisa bientôt. Reconnaissant , le roi de Mysie proposa d'indiquer à la flotte grecque comment parvenir à Troie.
L'armée se rassembla de nouveau à Aulis pour recommencer l'expédition, mais elle resta immobile faute d'un vent suffisant pour pousser la flotte vers l'est à travers la mer Égée. Après des semaines d'inactivité, les chefs se tournèrent vers Calchas pour obtenir une explication. Le devin leur apprit qu'Agamemnon avait irrité la vindicative Artémis en proclamant qu'il était plus habile qu'elle à la chasse. La déesse ne ferait se lever un vent favorable que si le roi l'apaisait en sacrifiant en son honneur Iphigénie, la plus belle de ses filles. Quand Agamemnon apprit la suggestion de Calchas, il refusa de la considérer. Pourtant, le temps s'écoulait et ses guerriers manifestant irritation et impatience, il dut envisager de réviser sa position. Il envoya des messagers à Sparte pour en ramener le jeune fille. Pour calmer l'inquiétude de son épouse Clytemnestre, il leur ordonna de répandre la rumeur qu'il avait l'intention de marier Iphigénie à Achille.
Rassurée par cette perspective, l'heureuse mère accompagna sa fille au camp militaire, mais elle apprit en rencontrant Achille la tromperie de son époux. Elle le supplia de renoncer, mais il ne laissa pas fléchir. Iphigénie dut donner sa vie pour la cause que défendait son père, mais Artémis ayant eu pitié d'elle, elle la sauva au dernier moment et en fit sa prêtresse.
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Atlas de la mythologie, "Le voyage des Achéens", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Le vent s'étant levé, la flotte reprit enfin la mer. Parvenus en vue de Troie, les Grecs débarquèrent à Ténédos, prirent vite le contrôle de l'île et tuèrent son souverain. Au cours de la fête qui suivit ce succès, un serpent mordit au pied le célèbre archer Philoctète. Sa blessure s'infecta, ses interminables gémissements de douleur perturbèrent ses camarades et Agamemnon perdit patience. Il ordonna à Ulysse de le conduire sur l'île voisine de Lemnos et de l'abandonner. Le malheureux réussit à survivre pendant des années grâce aux fruits sauvages. Il ne reverra ses frères d'armes que lorsqu'ils auront besoin de lui.
Guidés par Télèphe, les Grecs atteignirent l'île de Lesbos, au nord de la mer Égée. Ulysse fut alors contraint d'affronter Philomélidès, qui défiait tous ceux qui s'arrêtait dans son royaume. Le roi d'Ithaque fut vainqueur, ce qui permit à la flotte de continuer. L'expédition atteint enfin Ténédos.
L'armée grecque débarquée à Ténédos n'était séparée de la Troade, région dont la capitale était Troie, que par un détroit de dix kilomètres. Avant de passer à l'attaque, les envahisseurs firent une dernière tentative pour reprendre Hélène pacifiquement. Ménélas, Ulysse et Palamède se rendirent à Troie pour demander son retour. Les Troyens ne se laissèrent pas fléchir. Certains voulurent même tuer les ambassadeurs, mais le prince troyen Anténor s'y opposa au nom des lois de l'hospitalité.
le débarquement et les cinq premières années
Les Grecs voulaient agir sans tarder, mais les guerriers hésitèrent d'abord à quitter leurs navires car ils savaient qu'un devin avait prédit la mort du premier qui débarquerait sur le sol troyen. L'audacieux Protésilas, un oncle de Philoctète, se jeta à la mer, et, poussant un cri de guerre, chargea les soldats troyens massés sur la grève. Il en tua plusieurs avant d'être tué par Hector. Le gros de l'armée d'Agamemnon avait suivi son exemple et les guerriers troyens furent bientôt repoussé jusqu'aux murs de leur cité, distante de quelques kilomètres, au-delà de la plaine côtière.
Après avoir établi une tête de pont sur le rivage, les Grecs halèrent leur navire derrière une estacade et se préparèrent à une longue campagne. Même si leur flotte comptaient mille navires, les envahisseurs n'avaient ni les hommes, ni les ressources suffisantes pour investir la capitale. C'est pourquoi, durant de longues années de guerre, les Troyens furent en mesure de recevoir des vivres et des renforts. La stratégie d'Agamemnon était de mener une guerre d'usure. Les Grecs se bornèrent à attaquer et piller les plus petites villes de la Troade, à ravager les campagnes et à s'en prendre aux nombreux alliés des Troyens sur la côte et les îles voisines.
Peu de détails sur les cinq premières années sont parvenus jusqu'à nous, mais un récit relate la manière dont Ulysse se vengea de Palamède qui avait percé à jour sa fausse folie. Le roi d'Ithaque contraignit un prisonnier à contrefaire une lettre du roi Priam promettant à Palamède une récompense en échange de renseignements sur le camp grec. Quand on fouilla sa tente, on découvrit de l'or, dissimulé en cet endroit peu avant sur ordre d'Ulysse. Palamède protesta de son innocence, mais il fut jugé pour trahison, déclaré coupable et mis à mort par lapidation.
L'objet de la guerre de Troie était la belle Hélène. Ce fut également une femme qui fut à l'origine d'une dispute entre Agamemnon et Achille. Cette femme était Briséis, une jeune vierge qui avait été enlevée au cours d'une action de pillage durant les huit premières années de siège. Elle fut attribué comme concubine à Achille, qui la chérissait pour sa beauté.
Agamemnon avait acquis une compagne de la même manière, Chryséis, fille de Chrysès, un prêtre d'Apollon dans l'une des villes de la Troade pillée par les Grecs. Quand Chrysès voulut la reprendre en échange d'une rançon, le roi de Mycènes repoussa dédaigneusement son offre. Chrysès se tourna alors vers Apollon qui entendit sa prière et, pour punir l'arrogance d'Agamemnon, le dieu envoya la peste qui apporta la mort et la désolation chez les guerriers grecs.
Le devin Calchas révéla qu'il fallait apaiser Apollon pour mettre fin au fléau, et Agamemnon accepta de mauvaise grâce de rendre Chryséis à son père, mais il voulut une compensation pour son sacrifice et exigea qu'on lui remit Briséis. La colère d'Achille fut terrible quand il apprit qu'il devait se séparer de sa chère concubine. En sa qualité de chef d'expédition, Agamemnon jouissait du privilège de répartir le produit des pillages, y compris les humains. Il était donc en droit de réclamer Briséis.
Achille fut contraint de se dominer et d'accepter la décision du commandant, mais pour montrer son exaspération, il se retira sous sa tente en proclamant bruyamment que lui-même et ses guerriers, les redoutables Myrmidons de Thessalie, ne prendrait plus part à la guerre contre Troie.
Achille pria sa mère de l'aider. Thétis s'adressa à Zeus qui accepta de donner aux Troyens la prédominance jusqu'au moment où l'affront fait au fils de la néréide serait lavé. Pour ce faire, le dieu envoya à Agamemnon un songe dans lequel les Grecs étaient victorieux des Troyens dans une bataille rangée.
Au moment où les deux armées se faisaient face, le chef des Troyens, Hector, s'avança et formula une proposition : l'origine de la guerre étant le différent entre Pâris et Ménélas à propos d'Hélène, laissons les deux hommes le régler en combat singulier. Les deux armées, favorables à cette suggestion, conclurent un armistice pour permettre l'organisation du combat.
Les deux adversaires, Pâris et Ménélas, s'affrontèrent sur le terrain séparant les armées grecque et troyenne. Ménélas avait le dessus et était sur le point de tuer Pâris, ce qui aurait permis de reprendre Hélène et aurait mis fin à une longue guerre, mais des interventions divines déçurent cet espoir. D'abord, Aphrodite, voyant son cher Pâris étranglé par la jugulaire de son casque, rompit la courroie. Puis, lorsque Ménélas s'apprêtait à transpercer Pâris d'une pique, la déesse enveloppa ce dernier d'une nuée et le mit à l'abri dans la chambre qu'il partageait avec la belle Hélène. Ensuite Athéna, qui était en faveur de la destruction de Troie, persuada le troyen Pandare de décocher une flèche à Ménélas qui fut légèrement blessé à la cuisse. Cette traîtrise provoqua aussitôt la rupture de l'armistice et mit définitivement fin à tout espoir d'une issue pacifique du conflit.
Les Grecs, ulcérés par la perfidie troyenne, se battirent avec une ardeur prodigieuse. Diomède, notamment, était enragé. Il pénétra les lignes troyennes, blessant d'abord Arénas puis Aphrodite elle-même alors qu'elle mettait le jeune prince à l'abri. Même Arès ne fut pas épargné quand il descendit de l'Olympe pour rallier le parti des troyens : Diomède lui enfonça sa lance dans les reins et il s'empressa de regagner l'Olympe. En dépit de ce déploiement de bravoure, la bataille resta incertaine et, finalement, les Grecs se replièrent sur leur camp qu'ils fortifièrent dans l'éventualité d'une contre-attaque des Troyens.
Les chefs grecs réunirent le Conseil et Agamemnon finit par se laisser persuader qu'une victoire était impossible sans le concours d'Achille. Il envoya des émissaires, Ulysse à leur tête, afin de lui transmettre toutes ses excuses pour l'affront qu'il lui avait infligé et des promesses propres à la convaincre de reprendre le combat : retour de la ravissante Briséis qu'il n'avait pas touchée, cadeau de chevaux, d'or, d'esclaves et engagement à lui donner en mariage la princesse royale de son choix avec sept villes pour dot au retour de l'expédition.
Cette offre était somptuaire, les émissaires n'en crurent pas leur oreilles quand Achille la refusa obstinément et annonça son intention de rembarquer le lendemain pour rentrer en Grèce. C'était une catastrophe pour l'armée grecque. Agamemnon, en proie au découragement, songea à abandonner la partie.
Ulysse fit preuve d'une grande énergie morale en ce moment de crise. Il décida de profiter du fait que l'armée troyenne bivouaquait hors des murs pour tenter une action d'éclat. Au clair de lune, il s'infiltra dans les lignes ennemies en compagnie de Diomède.
Les deux Grecs contraignirent un guerrier troyen en patrouille à leur révéler la disposition du camp troyen, puis le supprimèrent. Cela leur permit de trouver la tente du roi Rhésos, arrivé le jour même avec des renforts de Thrace. Ils tuèrent le souverain durant son sommeil et ses douze nobles compagnons, puis regagnèrent les lignes grecques avec ses magnifiques cheveux blancs : une prise importante car un devin avait prophétisé que Troie ne tomberait pas si ces animaux buvaient l'eau du Scamandre.
Malgré cette petite victoire, les choses se dégradèrent le lendemain pour les guerriers d'Agamemnon . Hector, qui semblait possédé, mena la charge des Troyens. L'un après l'autre, les principaux guerriers grecs (dont Ulysse, Diomède et Agamemnon) furent blessés. Poséidon, prenant les traits de Calchas, s'adressa aux Grecs et les exhorta à redoubler de courage et d'ardeur face aux Troyens. Ajax, qui combattait comme un lion, réussit presque à écraser Hector avec un rocher, mais Zeus donna l'ordre au dieu des Batailles de décupler les forces du Troyen. Celui-ci reprit confiance et entraîna ses guerriers jusqu'à la ligne de défense des Grecs qui fut enfoncée. L'un des vaisseaux des envahisseurs fut incendié et les flammes montèrent haut dans le ciel.
La situation étant désespérée, le cousin préféré d'Achille, Patrocle, tenta encore une fois de fléchir la rancune du héros et de le convaincre de revenir sur le champ de bataille. Toujours aussi obstiné, Achille refusa de combattre lui-même, mais il aimait beaucoup Patrocle, il lui permit de prendre le commandement des Myrmidons à sa place. Qui plus est, Achille prêta à son cousin sa magnifique armure, sachant qu'à sa seule vue, la terreur se répandrait dans les rangs troyens. Pourtant, craignant l'impétuosité de Patrocle, il lui interdit de poursuivre les ennemis après les avoir chassé du camp grec.
La ruse réussit. À la vue de l'armure d'Achille, les guerriers grecs reprirent courage et les Troyens, terrorisés, reculèrent. Patrocle, stimulé par ce premier succès, se battit comme il ne l'avait jamais fait, tuant même Sarpédon, un fils de Zeus qui commandant les Lyciens. Dans le feu de l'action, il oublia la mise en garde d'Achille et poursuivit imprudemment les Troyens qui s'enfuyaient jusqu'aux murailles de leur cité. Là, il fut frappé par le dieu Apollon, dissimulé dans un nuage de poussière, tomba sur le sol et perdit ses armes et son bouclier. Hector ne laissa pas passer l'occasion et lui donna le coup de grâce. Après quoi, il retira l'armure du mort et la brandit triomphalement. Les guerriers grecs durent se battre avec acharnement pour réussir à arracher le cadavre de Patrocle des mains des Troyens.
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Atlas de la mythologie, "Grandes étapes de la guerre de Troie", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Quand Achille, toujours sous sa tente, apprit la mort de Patrocle, il fut en proie à un épouvantable désespoir. Il arracha se chevelure et, prenant de ses deux mains la poussière brûlée se son foyer, il en enduisit son visage. Puis il sortit sans armes de sa tente, se précipita sur la palissade du camp et jeta un cri de guerre terrible. L'apparition du héros si redouté et ses invectives impressionnèrent tant les Troyens qu'ils se figèrent sur place. Les guerriers grecs profitèrent de ce répit pour traîner le corps de Patrocle jusqu'à leurs lignes.
Le lendemain matin, équipé d'une armure flambant neuf forgée par Héphaïstos, Achille n'avait qu'une idée en tête : se venger d'Hector qui avait tué son meilleur ami. Même une mise en garde de sa mère Thétis l'avertissant que sa propre mort suivrait de près celle de son ennemi ne put le retenir. Avant d'affronter le héros troyen, Achille se réconcilia avec Agamemnon en acceptant l'offre transmise quelques jours plus tôt par les messagers du roi de Mycènes et en reprenant sa chère Briséis.
Alors, Achille partit au combat. Aucun guerrier troyen n'osa résister au héros grec rempli de haine. L'armée ennemie se débanda et s'enfuit vers le Scamandre. Le fleuve lui-même se leva contre les Grecs, mais dut refluer - selon certaines sources, Héphaïstos l'assécha en dirigeant vers lui une flamme ardente. Quant aux ennemis d'Achille, ceux qui avait survécu se mirent à l'abri derrière les murailles de la ville comme un troupeaux d'animaux effrayés.
Seul Hector était assez brave pour affronter Achille. Il l'attendait seul devant les portes de Troie, mais même le plus courageux des Troyens perdit son assurance devant ce guerrier terrible dont l'armure de bronze étincelait comme les rayons les plus brillants du soleil. Hector ne put s'empêcher de tourner les talons. Sachant qu'Achille, resté inactif pendant un certain temps, était en moindre forme physique, il espérait fatiguer le héros grec.
À trois reprises, Achille le poursuivit autour des murailles de Troie sous les yeux horrifiés des habitants massés sur les remparts. Chaque fois qu'Hector chercha à se mettre à l'abri dans une des portes, Achille l'en délogea. Soudain, la déesse Athéna insuffla un supplément d'énergie au Troyen qui fit face à son poursuivant pour ce qu'il savait être leur dernier combat. Il sa battit avec bravoure, mais ses craintes se révélèrent fondées car Achille lui plongea sa lance dans la gorge.
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Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.216, Édition Gründ, Paris, 2002 |
Dans un dernier souffle, Hector supplia son ennemi de traiter son corps avec respect en lui rappelant que sa propre fin était proche, mais la fureur du héros n'était pas encore apaisée. Il dépouilla de son armure son adversaire, le dénuda, l'attacha à son chariot pieds devant et le traîna sans cérémonie. Les longs cheveux d'Hector s'étendirent derrière lui tandis que sa tête rebondissait sur le sol inégal. Un grand nuage de poussière s'éleva derrière Achille alors qu'il regagnait les lignes grecques avec son macabre trophée. Dès don retour, ses pensées revinrent à son ami Patrocle auquel il voulait donner des funérailles dignes de lui. Il éleva un bûcher avec des arbres du mont Ida et y déposa le corps de son cousin. Il immola des chevaux, deux des chiens fidèles de son ami et douze nobles Troyens prisonniers de guerre, dont plusieurs fils du roi Priam.
Toujours en proie à une profonde émotion, il était sur le point de livrer aux chiens de Patrocle survivants le cadavre d'Hector quand Aphrodite intervint et le persuada de renoncer à cette indignité. Alors que le bûcher n'avait pas encore cessé de fumer, Achille organisa les Jeux funèbres auxquels prirent part tous les commandants grecs. Diomède remporta la course de char, tandis qu'Ulysse et Ajax reçurent conjointement la couronne qui récompensait les meilleurs lutteurs.
Achille, le cœur toujours rempli de haine, continua à s'acharner sur le cadavre d'Hector. Chaque matin, il l'attachait à son char et le traînait autour du bûcher de Patrocle. Finalement les dieux, qui avaient miraculeusement préservé l'intégrité du corps d'Hector, tinrent conseil sur l'Olympe, décidèrent qu'Achille avait été assez vengé et que les restes d'Hector devaient être rendu à Troie pour y recevoir des funérailles dignes. Thétis fut chargée d'informer Achille, la déesse Iris de se rendre au palais de Priam afin de demander au roi de préparer une rançon pour le héros mort.
Sur l'ordre de Zeus, Hermès accompagna le roi Priam jusqu'à la tente d'Achille. La reine de Troie, Hécube, avait mis en garde son époux : il ne pourrait s'attendre à aucune pitié de la part de celui qui avait tué un grand nombre de leurs fils. Pourtant, le vieux roi toucha une corde sensible chez Achille en évoquant ses sentiments pour son propre père, Pélée.
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Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.219, Édition Gründ, Paris, 2002 |
Priam plaida pour le retour du corps d'Hector et, pour la première fois depuis la mort du Troyen, Achille se laissa émouvoir. Les deux ennemis pleurèrent ensemble leurs morts et Achille promit une trêve de douze jours pour laisser à Priam le temps d'organiser les funérailles de son fils. Hermès raccompagna le roi à Troie avec son macabre bagage. Le cadavre d'Hector fut finalement incinéré sur un énorme bûcher et ses cendres furent enterrées dans un coffret en or sous un tumulus.
Près de dix ans après le début de la guerre, les Troyens pouvaient sentir l'étau grec se resserrer. La campagne autour de leur capitale avait été dévastée et la plupart des autres villes furent mises à sac. Pourtant, des alliés se rangeaient encore dans leur camp, y compris les Amazones de la reine Penthésilée. Achille la tua en lui transperçant le cœur avec sa lance. Quand le corps de la reine, mourante, s'affaissa, son casque roulant sur le sol, laissant s'échapper ses longs cheveux. Achille fut si frappé par la beauté de sa victime qu'il en fut ému et décida d'empêcher les Grecs d'en profaner la dépouille.
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Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.221, Édition Gründ, Paris, 2002 |
Une autre armée exotique venue au secours des Troyens fut celle du roi éthiopien Memnon, fils d'Aurore, un grand guerrier réputé pour être le plus bel homme vivant. En combattant les Grecs, Memnon tua un grand nombre de guerriers dont Antiloque, fils de Nestor, qui perdit la vie en tentant de protéger son père. Il accepta finalement d'affronter Ajax en combat singulier, mais Achille, apprenant la mort d'Antiloque, décida de combattre lui-même le guerrier africain : il le tua et jeta sa tête et son armure sur le bûcher de jeune Grec.
La fin d'Achille était maintenant proche. Alors qu'il poursuivait les Troyens, Pâris lui décocha une flèche. C'est ce moment que choisit Apollon, dont Achille avait jadis tué le fils Ténès, pour consumer sa vengeance. Caché dans l'épaisseur d'un nuage, le dieu s'approche de Pâris. Ce piètre archer, qui jetait aux hasard ses flèches vers l'ennemi se diriger avec une précision parfaite vers le talon d'Achille, qui mourut sur le coup. Pendant un instant, le combat s'arrêta tandis que la nouvelle de la mort du héros se répandait dans les rangs, puis les Troyens se précipitèrent pour s'emparer de sa dépouille. La bataille fit rage ; Ajax réussit à la rapporter dans le camp grec où elle fut incinérée avec les honneurs dus à son rang.
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Atlas de la mythologie, "La mort d'Achille", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Ainsi qu'Achille l'avait fait pour Patrocle, les Grecs organisèrent pour lui les Jeux funèbres au cours desquels, à l'instigation de Thétis, Agamemnon fit une promesse imprudente : que la magnifique armure du héros revienne au guerrier le plus valeureux. Ulysse et Ajax la réclamèrent et le conseil des chefs débattit longtemps sans parvenir à une conclusion.
Dans un discours plein d'orgueil et d'ironie, Ajax s'efforce de démontrer qu'il surpasse Ulysse en courage. D'ailleurs ce dernier n'a-t-il pas tenté d'échapper à l'expédition contre Troie en se faisant passer pour fou ? N'est-ce pas là le signe d'une impardonnable faiblesse de caractère ? Et de conclure superbement : "C'est Ajax qu'il faut à ces armes, et non ces armes à Ajax."
Ulysse répliqua avec habileté au prétentieux Ajax, rappelant notamment que c'est grâce à lui qu'Achille s'est joint aux armées grecques. L'argument d'Ulysse est doublement ingénieux, car il fait d'une part valoir son sens de la ruse, grâce auquel Achille fut contraint de se rallier à l'expédition, et, d'autre part, se soustrait à l'accusation d'Ajax : en effet, puisque le grand Achille avait tenté d'échapper à la guerre de Troie, n'est-il pas vain de reprocher à Ulysse la même attitude ?
Au bout du compte, le Conseil décida de régler la question en envoyant des espions au pied de la muraille de Troie pour écouter ce que les ennemis pensaient des deux guerriers : l'armure serait donnée à celui que les Troyens craignaient le plus.
Quand Ajax apprit que la réponse ne lui serait pas favorable, hors de lui il quitta précipitamment sa tente. Puis il disputa violemment un épée aux clous d'argent à Diomède, mais le pugilat prit fin, les deux adversaires étant de force égale. Enfin, lorsqu'il de mesura, dans une épreuve de lancer de disque, à Polypoitès, il dut s'incliner devant l'adresse de ce dernier.
Est-ce cette suite de déconvenues qui troubla la raison du grand Ajax et précipita sa fin ? La nuit, le héros, prit d'un accès de démence, sortit de sa tente et, croyant occire les chefs grecs qui l'avait humilié, égorgea un troupeau de moutons. Le lendemain matin, revenu à la raison, il eut tellement honte de sa conduite qu'il se rendit dans un endroit isolé hors du camp, se jeta sur son épée et se tua.
Les chefs grecs, dans un premier temps, lui refusèrent une sépulture mais, convaincus par Ulysse, l'enterrèrent comme il convenait. Ses armes, tombées à la mer, seront finalement rejetées près de sa tombe, comme un ultime hommage à ce guerrier brave mais malchanceux.
Découragés par la disparition rapprochée de deux de leurs héros, les Grecs cherchèrent les raisons de leurs malheurs. On leur avait prédit que Troie tomberait après dix ans de combats, mais la neuvième année était déjà largement entamée et le but semblait hors d'atteinte. Calchas, consulté une nouvelle fois, leur apprit que Troie ne pourrait être prise qu'à l'aide de l'arc et des flèches d'Héraclès qui, seules, pourraient tuer Pâris, mais ces armes étaient entre les mains de Philoctète, abandonné sur l'île de Lemnos. Ulysse et Diomède s'y rendirent. À leur grande surprise, ils le trouvèrent encore en vie, décharné et avec sa blessure purulente. Sachant que cet être pitoyable n'avait aucune raison de rendre service à ses anciens compagnons, Ulysse chercha une ruse pour s'emparer de ses armes.
Diomède jugea préférable de lui faire accepter un retour volontaire dans le camp grec. Philoctète aurait vraisemblablement refusé si Héraclès - maintenant devenu un dieu - n'était intervenu pour le convaincre et l'informer d'une autre condition pour la chute de Troie : le fils d'Achille, Néoptolème, devait aussi rejoindre les rangs grecs. Les trois hommes. Les trois hommes se rendirent donc à Scyros, où Ulysse persuada le jeune guerrier, malgré les prières de sa mère Déidamie, de prendre part à la guerre contre les Troyens.
Dès son arrivée dans le camp grec, Philoctète fut confié au médecin Machaon qui réussit à guérir sa blessure. Une fois guéri, il saisit les armes d'Héraclès pour affronter Pâris. La première flèche manqua son but, mais la deuxième et la troisième blessèrent mortellement le Troyen.
Les Grecs furent encouragés par une confidence d'un prisonnier troyen, Hélénos, qui avait espéré épouser la belle Hélène après la mort de Pâris, mais qui s'était senti humilié quand elle était devenue la femme de Déiphobe, son frère. Pour se venger, il révéla un secret vital pour les Troyens : ses concitoyens résistaient obstinément car ils savaient que la ville était sous la protection du palladium, une statue de Pallas Athéna qui aurait été moulée par la déesse elle-même.
Les Grecs décidèrent sur-le-champ de dérober cette statue aux Troyens, et Ulysse se porta encore une fois volontaire pour cette mission délicate. Il commença par effectuer une reconnaissance pour déterminer le meilleur moyen de soustraire le palladium. Afin de pouvoir entrer dans Troie, il se déguisa en mendiant et demanda à ses camarades de le frapper jusqu'à ce que le sang coule. Il se présenta ensuite jusqu'aux portes de la ville en prétendant avoir réussi à échapper aux Grecs.
Les gardes, pensant qu'ils pourraient révéler des renseignements sur le camp de l'ennemi, lui permirent d'entrer. Il resta quelques heures dans la ville sans être remarqué, sinon par Hélène elle-même qui l'entraîna dans un endroit discret, lui révéla que, depuis la mort de Pâris, elle était retenue à Troie contre son gré et lui promit qu'elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour aider les Grecs à prendre la ville.
Ulysse se glissa hors des murailles, regagna le camp grec et se prépara à retourner à Troie avec Diomède à la faveur de l'obscurité pour soustraire le palladium. Ils y pénétrèrent par un passage souterrain qu'Ulysse avait repéré lors de sa première visite et réussirent à enlever la statue du temple où elle se dressait. Ils la transportèrent par les rues silencieuses, ressortirent par le même chemin et retournèrent à leur camp. Craignant d'irriter la déesse en exhibant leur butin, ils la dissimulèrent sur le mont Ida.
Le succès de leur entreprise incita Ulysse à trouver d'autres moyens d'infiltrer des guerriers derrière les murailles imprenables de la ville assiégée. Il aurait été imprudent de passer par le même chemin, car les Troyens avait certainement repéré leurs traces de pas. Bientôt, il imagina une solution astucieuse.
Sur ses ordres, les charpentiers du dieu Héphaïstos fabriquèrent avec le bois coupé sur le mont Ida un immense cheval monté sur roues pour être facilement déplacé. Il était creux et un accès, qui, une fois fermé, ne pouvait être commandé que de l'intérieur, était habilement dissimulé dans le ventre de l'animal de bois. L'intérieur était assez spacieux pour que trente guerriers entièrement équipés puissent s'y cacher.
Encore fallait-il trouver un moyen pour que ce cheval soit tiré dans la ville. Pour y parvenir, Ulysse recourut encore une fois à la ruse. Il persuada Agamemnon de quitter ostensiblement le camp avec tous ses navires, afin de faire croire aux Troyens que les Grecs avaient finalement décidé de lever le siège. De fait, la flotte grecque alla se dissimuler derrière l'île toute proche de Ténédos. Les citoyens de Troie vaquèrent à leurs occupations habituelles, inconscients du destin terrible qui les attendait. Ils ignorèrent la mise en garde de la princesse Cassandre qui leur prédit une fin prochaine. La princesse, qui avait le don de prophétie, entrait en transe avant de parler. Aussi les Troyens la croyaient-ils folle.
Le matin suivant, les Troyens virent du haut de leurs murailles un spectacle étonnant : là où se tenait la veille encore le camp des Grecs, il n'y avait plus que des décombres et un immense cheval de bois se dressant dans la plaine. On envoya des messagers examiner de plus près l'objet. À leur retour, ils révélèrent qu'il portait une grande inscription remerciant la déesse Athéna de sa promesse d'un retour paisible en Grèce. Bientôt, une foule sortit de la ville pour approcher cette merveille. Nombreux furent ceux qui soupçonnaient un piège, et Laocoon, un prêtre d'Apollon, fit assaut d'éloquence pour conseiller la destruction immédiate de ce cadeau indésirable.
Ulysse avait prévu cette réaction et envisagé une parade. Il avait laissé à terre l'un de ses partisans, Sinon, vêtu de loques et couvert de boue. Cet homme fut interpellé et amené devant le roi Priam. Sinon prétendit avoir appris la vérité sur la mort de Palamède et qu'Ulysse avait tenté de le faire assassiner pour l'empêcher de la répandre. Il avait réussi à s'échapper et la flotte grecque était partie sans lui. S'il rentrait en Grèce, sa mort serait inévitable. Il supplia le roi de lui permettre de rester à Troie et promit, comme preuve de ses bonnes intentions, de révéler le secret des Grecs : le cheval de bois qu'ils avaient laissé dans la plaine était sous la protection d'Athéna et toute ville qui l'accueillerait dans ses murs serait sauve à jamais. Il ajouta que les Grecs lui avait donné une telle taille pour être certain que les Troyens ne pourrait pas le faire passer par l'une des portes de leur ville.
Tandis que les Troyens débattaient sur la crédibilité de Sinon, un évènement inattendu fit peser la balance en sa faveur. Deux énormes serpents de mer envoyés par Poséidon surgirent sur le rivage et se jetèrent sur les deux fils de l'incrédule Laocoon. Le prêtre voulut se porter à leur secours, mais ils furent dévorés tous les trois. L'assistance y vit aussitôt un présage : les dieux avaient frappé Laocoon pour punir son insolence envers Athéna. Sans plus tarder, le roi Priam ordonna d'abattre une partie de la muraille de Troie pour permettre l'entrée du cheval géant dans la cité. Hélène, qui avait des remords à laisser la ruse d'Ulysse s'accomplir, s'approcha du cheval et appela les hommes qui étaient à l'intérieur en imitant la voix des femmes grecques. Elle maquilla si bien sa voix que l'un des soldats cachés à l'intérieur fut effectivement tout près de tomber dans le piège, mais il ne se trahit pas.
C'était une erreur fatale. Hélène, qui n'avait décidément pas choisi son camp, fut de nouveau du côté des Grecs. Elle gravit les remparts et agita une torche, signalant à la flotte grecque qu'il était temps de revenir vers Troie. De son côté, Sinon vint prévenir les soldats enfermés que l'heure était venue de quitter leur sombre cachot. La nuit même, à la faveur de l'obscurité, la flotte grecque quitta son refuge derrière l'île de Ténédos et revint sur le rivage troyen. Simultanément, les guerriers enfermés dans la cheval déverrouillèrent l'ouverture. Ils se hâtèrent vers les portes dont ils égorgèrent les sentinelles et les ouvrirent. Quand les Troyens comprirent ce qui arrivait, les rues étaient pleines d'hommes armés. Bientôt, les premières maisons furent en feu.
Ce fut ensuite une véritable boucherie. Enflammés par les récits sur les fabuleuses richesses de Troie, les guerriers se vengèrent des frustrations engendrées par neuf années de guerre. Ils se ruèrent sur la ville, s'en prirent aussi bien aux soldats qu'à la population et se livrèrent à une débauche de pillages, de viols et de destruction. Attaqués par surprise, les Troyens furent incapables de résister. Bientôt, des cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants jonchèrent les rues et un fleuve de sang coula dans la ville.
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Atlas de la mythologie, "Grandes étapes de la guerre de Troie", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Peu de Troyens nobles survécurent à cette nuit terrible. Le roi Priam assista à l'exécution de son fils Polite dans la cour du palais avant d'être lui-même abattu. Déiphobe, le nouvel époux d'Hélène, fut tué par Hélénos, son rival. Astyanax, fils d'Hector, faut capturé vivant, mais les Grecs estimèrent qu'il serait trop dangereux de l'épargner et le précipitèrent du haut des murailles de la ville. Certains échappèrent au massacre, dont Anténor, qui fut sauvé par Orphée pour le remercier de s'être opposé à l'exécution des messagers grecs au début du siège, et Énée, dont les aventures deviendront légendaires.
Les femmes de la cour furent attribuées comme esclaves aux guerriers vainqueurs. Andromaque, la veuve d'Hector, échut à Néoptolème, la reine Hécube, veuve de Priam, revint à Ulysse. La malheureuse Cassandre fut violée par Ajax de Locride dans le temple d'Athéna avant que les gardes d'Agamemnon ne s'en empare et ne la conduise à lui. Le destin ne permit pas que ce crime restât impuni : à la demande d'Athéna, Poséidon souleva une terrible tempête qui disloqua la flotte grecque et engloutit Ajax.
Le sort de Polyxène, jeune sœur de Cassandre, ne fut pas plus heureux. Achille avait été séduit par sa beauté des mois auparavant quand il l'avait vue sur les murailles de la cité, mais Calchas décida qu'elle devait maintenant être sacrifiée en souvenir du héros mort pour garantir à la flotte des vents favorables pendant sa traversée de la mer Égée. Malgré le supplications de sa mère, Hécube, elle fut immolée sur le tombeau d'Achille en présence de l'armée grecque.
Quant à la belle Hélène, Ménélas avait souhaité la tuer à cause de son infidélité et nombre de guerriers grecs étaient d'accord. Pourtant, il suffit qu'il la regarde pour changer d'avis, et il la mit sans retard à l'abri dans son navire.
Les Grecs se préparèrent au voyage de retour. Ils emportèrent un butin appréciable car, bien que le trésor d Troie eut souffert pendant la guerre, il était toujours très riche. Pourtant, peu jouirent de leur fortune car, restés trop longtemps éloignés de chez eux, ils retrouvèrent un monde qui avait changé en leur absence.
Alors que les Grecs se ressemblaient sur le rivage devant Troie, une querelle éclata entre Ménélas, qui voulait rentrer immédiatement en Grèce, et Agamemnon, qui était déterminé à attendre encore un peu pour offrir des sacrifices à Athéna, irritée par la violation de son sanctuaire par les Grecs lors du pillage de Troie.
Craignant la colère de la déesse, certains guerriers partirent à pied pour échapper à un désastre en mer. Diomède et Nestor acceptèrent de voyager avec Ménélas. Les deux premiers arrivèrent rapidement, mais Athéna punit Ménélas en provoquant une tempête qui détruisit le principal de sa flotte. Agamemnon finit par embarquer, avec la princesse Cassandre.
Clytemnestre, ayant appris qu'Agamemnon revenait avec Cassandre, complota avec son amant Égisthe pour assassiner son mari. Quant à Ulysse, il lui fallu dix nouvelles années pour regagner Ithaque.
sources : texte : Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, p.206-210, 212, 214-216, 218-220, 222, 224-226, Édition Gründ, Paris, 2002
Atlas de la mythologie, "L'enlèvement d'Hélène", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Le jugement de Pâris", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Le voyage des Achéens", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Le cheval de Troie", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Les deux Ajax", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "La mort d'Achille", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Grandes étapes de la guerre de Troie", Éditions Atlas, UE, 2003
images : Mythologies, une anthologie illustrée des mythes et légendes du monde, Édition Gründ, Paris, 2002
Atlas de la mythologie, "L'enlèvement d'Hélène", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "La mort d'Achille", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Grandes étapes de la guerre de Troie", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Le jugement de Pâris", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Le voyage des Achéens", Éditions Atlas, UE, 2003