Les Moires

 

Atlas de la mythologie, "Les Moires ou la destinée", Éditions Atlas, UE, 2003

  

    À l'origine, la moira ("part") était une abstraction. Elle évolua peu à peu en une divinité. Plus tard, on raconta qu'aux premiers temps de la création, après que Zeus eut vaincu son père Cronos (=> voir), la Nuit engendra, entre autres, le Destin, la Mort et les trois Moires, préposées à la répartition du bien et du mal à la naissance des mortels. D'autres versions du mythe font des Moires les filles de Zeus et de Thémis, personnification de l'Ordre et des Lois qui régissent la vie des hommes. Elles furent popularisées par Hésiode dans sa Théogonie sous la forme de trois vieilles femmes accompagnant le destin des hommes.    

    Tous obéissaient au Moires, même Zeus. Elle résidaient dans un palais proche de l'Olympe. Chacune des trois sœurs avait une attribution bien différenciées : Clotho filait sa quenouille, dont le mouvement symbolisait le cours même de la vie. Elle présidait à la naissance ; Lachésis tournait le fuseau, mesurait le fil avec une baguette, et présidait au sort de chacun en distribuant la bonne et la mauvaise chance. Elle présidait au mariage ; Atropos, enfin, la plus redoutée, était celle qui tranchait le fil de la vie, précipitant le mortel dans le monde des ténèbres. Elle présidait à la mort.

    Les Moires, pourtant, n'étaient pas de celles qui se salissaient les mains. Lorsque l'heure de la mort avait sonné apparaissaient les Kéres, génies féminins de la Mort. Chargées d'exécuter les arrêts des Moires, les Kéres se saisissaient du mortel et l'entraînaient vers les ténèbres. 

    Nul remède ne saurait prévaloir contre les décisions des Moires, qui ne font pourtant qu'accomplir l'inflexible loi du Destin. Elles étaient pourtant capables de pitié, comme lors de la mort d'Adonis, blessé par un sanglier, qu'elles pleurèrent amèrement avec Aphrodite.

    Toutefois, qu'elles cessaient de filer la destinée d'un homme et celui-ci était irrémédiablement condamné. Ne les dit-on pas aveugles, pour souligner un peu plus encore qu'aucun choix ne s'offrait à elles quand l'heure avait sonné ?  Craintes et respectées, et trônant dans les conseils divins, elles étaient toujours invoquées avec déférence par les parents lors de la naissance de leur enfant et par les jeunes mariés, pour que leur union fut heureuse.

    Zeus lui-même paraissait soumis aux ordres du Destin, se bornant à placer dans sa balance le sort des hommes et des héros, et à observer dans quel sens penche le plateau. Ainsi, lorsque Sarpédon, le fils né de ses amours avec Laodamie, affronta Patrocle durant la guerre de Troie, son père connaissait déjà l'issue du combat, mais ne put s'y opposer. Tout au plus put-il lui organiser des funérailles grandioses dans sa Lycie natale.

    Il n'était pas dans la nature des Moires de jouer un rôle actif ; tout au plus les voyait-on apporter leur concours à Zeus lorsque celui-ci affrontait les Géants (=> voir), et asséner à Agrios et Thoas un coup de bâton fatal. L'effrayant Typhon, sollicité par Gaia pour venger ses petits-fils, les Titans, eut à se repentir d'avoir croisé les Moires. Rusées, celles-ci l'assurèrent faussement qu'il triompherait de Zeus s'il mangeait de la nourriture de mortel, ce qui au contraire l'a affaibli.

    Apollon parvint à se jouer des Moires pour sauver Admète, roi des Phères. Celui-ci, condamné à descendre aux Enfers, appela le dieu à son aide. Le bel Apollon utilisa alors un procédé peu élégant mais efficace : il enivra les Moires pour leur arracher la promesse que le roi serait soustrait à sa place. Peut-être moins troublées qu'on voudrait le faire croire, les trois sœurs exigèrent en retour un terrible tribut : quelqu'un devait mourir à sa place. Ce fut l'épouse d'Admète, Alceste, qui se sacrifia. Heureusement, Héraclès, passant par là, défia Thanatos et rendit Alceste à son mari.  

    

 

 

 

 

sources : texte : Myriam Philibert, Dictionnaire illustré des mythologies, p.97,208,245, Éditions de Lodi, France, 1997.

                         Le petit Robert des noms propres, p.1403, France, 1997

                         Atlas de la mythologie, "Les Moires ou la destinée", Éditions Atlas, UE, 2003

             image : Atlas de la mythologie, "Les Moires ou la destinée", Éditions Atlas, UE, 2003