Œdipe
Avant de devenir roi de Thèbes, Laïos, en exil au royaume de Pise, tomba amoureux du jeune fils de son hôte, le roi Pélops, et l'enleva. Cet acte provoqua la colère d'Héra et entraîna une longue série de drames, qui marqueront le destin d' Œdipe, de ses propres enfants et de tous les Thébains.
Laïos devint roi de Thèbes et épousa Jocaste, mais il n'avait pas de descendants. Il consulta alors l'oracle de Delphes qui lui annonça que son fils le tuerait un jour. Pour conjurer le sort, il répudia sa femme, mais celle-ci l'enivra et parvint à s'unir à lui. Neuf mois plus tard naquit Œdipe, que son père abandonna aussitôt sur le Cithéron, après que ses talons furent percé d'un clou et liés. Le nouveau-né fut recueillit par un berger, puis amené à Corinthe. Le berger le confia aux souverains de Corinthe, Polybos et Méropé, qui ne pouvait concevoir d'enfants.
Atlas de la mythologie, "Œdipe et le Sphinx", Éditions Atlas, UE, 2003 |
L'enfant trouvé fut appelé Œdipe (Oidipous, "pied enflé", en grec). Devenu adulte, il apprit que des rumeurs circulaient sur ses origines et partit consulter l'oracle de Delphes, qui lui répéta la prédiction faite à Laïos : "Tu tueras ton père et tu épouseras ta mère". Horrifié, Œdipe décida de ne pas retourner à Corinthe, où séjournaient ceux dont il croyait être ses parents. Il partit en direction de Thèbes, ignorant que cette cité était précisément celle de ses véritables géniteurs.
Un jour, sur une route de Phocide, il vit venir un équipage. La voie était étroite et une querelle éclata car chacun prétendait passer en premier. Selon d'autres versions du mythe, la rencontre se fit à un croisement de voies. Quoi qu'il en soit, Œdipe s'en prit avec violence au cocher et le tua d'un coup de lance. Les chevaux s'emballèrent et les serviteurs et le maître tombèrent à terre. Le maître n'était autre que Laïos, le père d' Œdipe, qui mourut des suites de ses blessures. Voilà la première partie de la prédiction réalisée.
Œdipe poursuivit son chemin et arriva dans les environs de Thèbes, qui vivait alors dans la terreur du Sphinx, un monstre envoyé par les dieux pour manifester leur colère contre les Thébains et leur roi coupable de pédophilie. Le Sphinx dévorait les passants incapables de répondre à l'énigme qu'il posait. Œdipe, n'ayant rien à perdre, se présenta devant cet être hybride, au corps de lion, à la queue de serpent, aux ailes d'aigle et à la tête de femme.
La Grèce, berceau de l'antiquité, p.39, Sélection du Reader'd Digest, Espagne, 2002 |
Le Sphinx lui demanda : "Quel animal a quatre pattes le matin, deux le midi et trois le soir ?". Œdipe répondit correctement: "l'homme, aux différents âges de la vie" (Le jeune enfant marchant à quatre pattes et le vieillard faisant d'un bâton une "troisième patte").Dépité et vaincu, le monstre alla se jeter du haut d'un rocher escarpé et mourut.
La ville était délivrée du monstre. Comme il l'avait promis, le régent de Thèbes, Créon, frère de la reine Jocaste, offrit le trône du défunt Laïos au vainqueur du Sphinx. Œdipe fut proclamé roi de Thèbes et épousa Jocaste, sans savoir qu'elle était sa mère. La deuxième partie de la prophétie était accomplie. De cette union incestueuse naquirent quatre enfants : Étéocle, Polynice, Antigone et Ismène.
Plusieurs années plus tard, la ville de Thèbes fut alors ravagée par la peste. La maladie qui rongeait Thèbes terrassaient les hommes comme les bêtes et provoquait une terrible famine. Œdipe décida alors d'envoyer Créon consulter l'oracle de Delphes sur les moyens de combattre le fléau. Il revint et annonça que la peste ne cesserait que lorsque le meurtrier du roi Laïos aura été puni pour son crime. Selon une autre version du mythe, ce fut le devin Tirésias qui annonça que le seul moyen d'enrayer le fléau était de venger la mort du roi Laïos. Quoi qu'il en soit, Œdipe, ignorant sa culpabilité, maudit le criminel.
Tout à sa méprise concernant son passé, Œdipe s'engagea énergiquement à suivre le conseil de l'oracle. Il ordonna qu'on lui amène Tirésias. Mais voilà que ce dernier, qui savait tout et mesurait l'horreur de son savoir, refusa de parler. Œdipe, cependant, se fit pressant, et en vint rapidement aux menaces. Le devin finit par céder malgré lui et Œdipe reçut cette réponse : "tu es le meurtrier que tu recherches" !
Atlas de la mythologie, "Œdipe roi", Éditions Atlas, UE, 2003 |
À ces mots, Œdipe redoubla de rage. Il accusa Tirésias et Créon de vouloir s'emparer du trône au moyen de la plus misérable des calomnies. Sur ces accusations, Tirésias fut brusquement congédié. Puis, ne croyant que ses soupçons, le roi tenta de faire avouer à Créon ses desseins criminels, mais en vain.
Seul le scepticisme de Jocaste apporta un moment d'apaisement : "À quoi bon, expliqua-t-elle, faire tant de bruit autour d'une vision de Tirésias ? Les oracles ne sont pas infaillibles". Aussitôt, pour justifier ses propos, la malheureuse cita un exemple d'oracle d'Apollon sur le destin du fils qu'elle avait eu avec Laïos : "Eh bien, ce n'est pas lui qui a tué Laïos, mais quelque brigand, à un carrefour..." Ces paroles qui se voulaient rassurantes résonnèrent aux oreilles d' Œdipe. Elles avaient réveillé sa mémoire : un carrefour ? Où ? Quand ? Et chaque réponse accrût un peu plus la confusion d' Œdipe, qui, sonné par l'impact de la vérité, se souvenait...
Alors que le roi de Thèbes commençait à entrevoir les contours de la tragédie dont il était le jouet, un messager arriva et annonça la mort de Polybos. Jusqu'à présent, Polybos passait pour le père d' Œdipe. Celui qui était censé mourir de la main du fils abandonné venait de s'éteindre de mort naturelle...
Hélas, le messager parla encore et ce qu'il dit brisa les derniers espoirs du couple incestueux : "Œdipe, je ne sais qui est ton père, mais ce n'est certainement pas Polybos. Un berger, serviteur de Laïos, t'a remis à moi. Puis je t'ai confié à ton père adoptif".
C'est était trop pour Jocaste, qui n'avait que trop bien compris. À travers les premières brumes de folie, elle supplia vainement son mari d'abandonner toute recherche sur ses origines. En proie au plus grand désespoir, elle s'enfuit dans son palais et mit fin à ses jours en se pendant.
Malgré tous les éléments qui semblaient confirmer l'oracle d'Apollon, Œdipe s'accrochait à ses derniers doutes. Arriva alors le serviteur à qui Laïos avait confié le nouveau-né. Œdipe, en l'interpellant, désigna le messager "reconnais-tu cet homme ? ". Terrorisé, le vieillard ne répondit pas. À nouveau, Œdipe se fit menaçant et, après maintes tergiversations, le serviteur finit par avouer : "oui, je lui ai donné l'enfant". "De qui le tenais-tu ? ", s'écria Œdipe. "De ton épouse. Elle craignait une prophétie..." Œdipe, dans un dernier souffle : "J'étais supposé tuer mon père ? " "Oui..."
À cet instant, l'esprit d' Œdipe fut envahi par une insoutenable lumière. Porté par la seule énergie de sa souffrance, il se précipita dans le palais et le parcourut dans tous les sens, à la recherche de celle qui, de mère, était devenue épouse. Œdipe ne trouva qu'un cadavre, pendu à une corde. Alors, il se saisit de ses agrafes dorées et, d'un geste sûr, se creva les yeux. Sans cet acte qui, pensait-il, l'empêcherait de percevoir sa faute en tout être et toute chose, le héros tragique n'aurait pas supporté de traîner une existence marquée par une affreuse culpabilité.
Œdipe, aveugle et désespéré, demeura quelques années à Thèbes, où Créon, son oncle, assurait la régence. Mais les fils d' Œdipe, et Créon lui-même, semblaient encore estimer le châtiment trop doux. Chassé de Thèbes, Œdipe prit la route en compagnie de sa fille Antigone, pendant que son autre fille Ismène, demeurait à Thèbes pour les tenir informés et veiller sur les intérêts familiaux.
Pendant de nombreuses années, Œdipe et Antigone subirent avec humilité les rigueurs de l'hiver, la chaleur écrasante des étés et les pluies torrentielles. Contraints de mendier pour survivre, ils dormaient où ils pouvaient, souvent dans des lieux sinistres. Or, un jour, une voix divine et puissante apostropha Œdipe : elle lui annonça que la fin de sa vie approcherait lorsqu'il se trouverait près d'Athènes, dans un bois sacré. Vieux, désespéré, las, Œdipe prit sans hésiter le chemin de cette ville, alors gouvernée par Thésée.
Après de longs jours de marche en direction d'Athènes, Œdipe et Antigone parvinrent enfin aux abords de la ville, dans une belle petite bourgade appelée Colone. Là, un bois était consacré aux Érinyes, déesses de la vengeance. C'est à Colone que le père et la fille mirent un terme à leur épuisant périple : Œdipe avait en mémoire les prophéties de la voix divine. Sa destinée devait s'accomplir dans un bois sacré non loin d'Athènes.
Thésée, roi d'Athènes, réserva un accueil chaleureux au vieillard et à la jeune fille, leur témoignant les honneurs dus à leur rang. Antigone et son père se sentirent en sécurité à Colone et y coulèrent des jours paisibles. Cependant, les querelles thébaines des deux fils d' Œdipe, Polynice et Étéocle, vinrent bientôt troubler cette bienheureuse quiétude.
Pendant qu'Antigone et son père erraient sur les routes de Grèce, Étéocle et Polynice se disputaient le trône de Thèbes. Ils finirent par décider, d'un accord commun, de régner alternativement, chacun pendant une durée d'un an. Étéocle prit le pouvoir en premier, mais lorsque Polynice, qui s'était éloigné de Thèbes, revint un an plus tard pour faire valoir son droit au trône, son frère le lui refusa. Polynice trouva alors refuge chez Adraste, roi d'Argos, et, avec l'aide de celui-ci, monta une expédition contre son frère.
Avant de lancer l'offensive, Polynice avait vainement tenté une dernière médiation diplomatique auprès d'Étéocle. Ce fut alors que, la guerre venant de commencer, Créon vint trouver Œdipe. Pour éviter aux Thébains les désastres d'un conflit armé, il lui demanda avec insistance de revenir à Thèbes. Œdipe, courroucé, refusa tout net. Créon envisagea par conséquent de le ramener de force, entravé et bâillonné, mais Thésée intervint et lui ordonna de ne pas arracher un malheureux à l'asile que lui accordaient les dieux.
Créon parti, Polynice arriva à son tour à Colone et conjura son père d'intercéder en sa faveur, en unissant ses forces aux siennes pour reprendre le trône de Thèbes. Mais le vieil homme ne se laissa pas fléchir et refusa catégoriquement d'intervenir. Pire, il répéta, avec plus de force encore, les malédictions qu'il avait déjà proférées contre ses fils avant de suivre la voie de l'exil.
Œdipe était en réalité l'enjeu même de la guerre entre les deux frères, un oracle ayant prédit que le peuple qui possèderait le tombeau d' Œdipe serait béni et toujours victorieux. Apollon confirma lui-même cette prophétie lorsqu'il apparut un jour à Œdipe. Mais comme son destin lui avait été dicté par une voix divine lors de ses pérégrinations, Œdipe tint à rester sur les lieux révélés par la prédiction.
Après le départ de Polynice, un orage éclata et le tonnerre se mit à gronder. Œdipe sut à ce moment que son heure était venue. Il confia l'avenir de ses filles à Thésée, lui fit jurer le secret de l'emplacement de son tombeau et partit en direction du bois sacré. Seul le roi d'Athènes l'accompagna. Dès son entrée dans le bois, la terre se mit à trembler, puis se fractura. Œdipe tomba alors dans le gouffre et disparut à tout jamais.
Atlas de la mythologie, "Œdipe à Colone", Éditions Atlas, UE, 2003 |
Les récits diffèrent sur sa mort. Pour Homère, Œdipe resta roi de Thèbes et mourut à la guerre. L'historien grec Pausanias affirme quant à lui qu' Œdipe épousa une autre femme, Eurygamie, fille d'Hyperphas. Selon d'autres encore, Il mourut sous les traits des Érynnies.
sources : texte : Le petit Robert des noms propres, p.1521, France, 1997
Myriam Philibert, Dictionnaire illustré des mythologies, p.229-230, Éditions de Lodi, France, 1997.
Atlas de la mythologie, "Œdipe et le Sphinx", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Œdipe roi", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Œdipe à Colone", Éditions Atlas, UE, 2003
images : La Grèce, berceau de l'antiquité, Sélection du Reader'd Digest, Espagne, 2002
Atlas de la mythologie, "Œdipe et le Sphinx", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Œdipe roi", Éditions Atlas, UE, 2003
Atlas de la mythologie, "Œdipe à Colone", Éditions Atlas, UE, 2003